Les établissements PSL sont basés à Piolenc dans le Vaucluse.
Ils sont spécialisés dans la sonorisation des lieux de cultes et dans les systèmes de boucles d’induction magnétique pour les malentendants.
Leur responsable, Patrice Sanchez, a bien voulu répondre à nos questions.
Q – Vous travaillez depuis longtemps dans le domaine de la sonorisation des lieux de cultes. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser aux boucles d’induction pour les malentendants ?
R – La plupart des églises ont des acoustiques réverbérantes dans lesquelles il est souvent difficile de bien comprendre la parole. C’est notamment le cas pour les personnes ayant une déficience auditive. La relation avec des malentendants appareillés m’a permis de constater que les aides auditives n’étaient pas très efficaces dans ces conditions. J’ai alors cherché des solutions.
Q – Quels sont les solutions pour les malentendants ?
R – Il existe plusieurs systèmes d’aide aux malentendants. Des systèmes visuels, des systèmes HF, et les boucles d’induction magnétique. La boucle d’induction est un système universel qui ne demande aucune gestion matérielle, que ce soit de la part des malentendants ou des exploitants. Après avoir pris l’avis de malentendants et de différents prêtres, j’ai opté pour ces systèmes très plébiscités par les malentendants.
J’installe aussi dans certains cas, mais plus rarement, des systèmes HF.
Q – Comment fonctionnent les boucles d’induction ?
R – C’est une transmission inaudible par voie magnétique. Le système est constitué d’un amplificateur dédié et d’un fil : la boucle. Le signal audio envoyé dans la boucle génère un champ magnétique autour du fil de la boucle. Ce champ magnétique est le vecteur du signal audio qui est reçu par une petite bobine située dans l’aide auditive du malentendant. Il suffit à la personne malentendante de commuter son aide auditive en position « T ». Ce faisant, elle coupe le micro qui capte normalement les sons ambiants et ne perçoit plus que le son clair et net issu de la boucle. Le signal de la source arrive directement au creux de l’oreille de la personne malentendante, totalement affranchi des bruits et des perturbations ambiantes. La transmission magnétique n’induit aucune distorsion et il n’y a aucune restriction de mouvement dans la boucle.
Q – Comment se définit un système de boucle ?
R – La boucle est déterminée en fonction des conditions locales comme dimensions et formes de la zone à couvrir, structure constitutive du bâtiment qui peut intégrer du métal perturbateur, besoin de confidentialité, risque de diaphonie avec d’autres boucles, possibilités d’installation, etc. Je dispose des notes de calculs qui me permettent de déterminer les systèmes les plus courants mais beaucoup de cas nécessitent des logiciels de simulation sophistiqués et une expérience dont je ne dispose pas. La définition du type de boucle demande la prise en compte de nombreux facteurs et notamment une estimation difficile des éventuels effets du métal qui exige une grande expérience. Il faut ensuite calculer la tension et l’intensité nécessaires au bon fonctionnement. Mon expérience m’a amené à travailler avec AMPETRONIC qui possède un savoir-faire unique. AMPETRONIC est distribué en France par BIM Concept France qui dispose d’un bureau d’études spécialisé extrêmement compétant. Je leur confie mes études, ce qui me donne la certitude d’un fonctionnement impeccable, conforme à la norme et aux exigences locales, avec une qualité audio irréprochable.
Q – Comment s’installe une boucle ?
R – La boucle est un conducteur de cuivre isolé. Elle peut être en fil électrique souple de câblage ou en ruban mieux adapté a la pose sous un revêtement. Elle peut être installée sous baguettes, sous fourreautage, en saignées, dans les joints du pavage, ou collée, selon les possibilités locales. L’amplificateur est raccordé sur la sonorisation existante et est mis en route avec elle. Le système ne demande aucune gestion particulière. Il existe plusieurs types de boucles : périmétriques, en « 8 », ou en épingles. Parfois des boucles spéciales.
Q – Vous parlez de boucles périmétriques, en « 8 », en épingles, pouvez-vous préciser ?
R – Un système de boucle peut couvrir tout ou partie du lieu. Il n’y a pas d’obligations et l’on peut selon le cas utiliser différents types de boucles. Il faut d’abord estimer les possibilités d’installation en fonction de l’état des lieux. A part dans certains établissements classés, il est presque toujours possible d’installer une boucle. Les boucles les plus courantes sont les boucles périmétriques carrées ou rectangulaires qui ceinturent une zone. Pour offrir un champ régulier conforme à la norme, elles doivent être installées à une hauteur convenable qui dépend de leur largeur. Plus une boucle est large, plus elle doit être dénivelée par rapport au niveau des aides auditives. Il est parfois impossible de pouvoir installer convenablement en hauteur une boucle périmétrique. On peut alors réduire la taille de la boucle ou avoir recours à une boucle en « 8 » à deux ou plusieurs spires, installée au sol, ce qui revient à diviser une grande boucle en plusieurs boucles plus petites.
Q – Et les boucles en épingles ?
R – Les systèmes en épingles sont constitués de deux réseaux en forme de créneaux imbriqués l’un dans l’autre. Ils peuvent couvrir de grandes surfaces ou des zones avec des formes irrégulières ou compliquées. Ils permettent de s’affranchir des perturbations dues à la présence de métal et sont de ce fait souvent nécessaires dans les constructions modernes qui comportent des structures métalliques. Ils sont rarement utilisés dans les lieux de cultes anciens qui se prêtent généralement mal à leur installation.
Q – Vous avez parlé d’une norme ? Que concerne-t-elle ?
R – La boucle d’induction magnétique est le seul système d’aide aux malentendants préconisé par les pouvoirs publics. A la suite d’essais réalisés avec les personnes malentendantes appareillées, il a été défini la norme NF-EN 60118-4. Elle recommande l’intensité du champ magnétique, sa régularité et l’équilibre tonal. Elle prend aussi en compte une éventuelle pollution magnétique locale directement captée par les aides auditives.
Q – Ces systèmes nécessitent-ils un outillage particulier ?
R – Hormis l’outillage de chantier classique pour l’installation de la boucle elle-même, il faut disposer d’un appareil appelé FSM. C’est un mesureur de champ calibré qui permet de vérifier et de quantifier les points pris en compte par la norme. Il suffit d’envoyer dans la boucle les signaux de tests nécessaires, c’est-à-dire un signal sinusoïdal à différentes fréquences et un bruit rose pour l’équilibrage grave/médium/aigu. Cela peut se faire avec un générateur ou avec un CD comportant ces signaux. Les amplificateurs AMPETRONIC de la série C génèrent ces signaux de tests.
Q – Quelles sont les problèmes dans les lieux de cultes ?
R – La principale préoccupation concerne les possibilités d’installation car il est impératif de respecter l’esthétique du lieu. Cela conditionne souvent la zone pouvant être couverte et le type de boucle à utiliser. Le fil de la boucle est installé au mieux et aussi discrètement que possible, en saignée, sous fourreautage, collé, ou encore sous un tapis chauffant s’il en existe un.
Q – Vos interventions ne se limitent pas aux églises ?
R – Non, pour les boucles d’induction j’interviens dans des secteurs variés : médical, enseignement, culture, loisirs, spectacle, administration, musées, sport, commerces, associations, etc. Je dispose de nombreuses références.
Q – Avez-vous des exemples ?
R – Beaucoup de salles de réunions, de bureaux, de lieux de spectacles ou autres qui généralement ne posent pas de problèmes particuliers. Il y a des cas plus spécifiques où il faut couvrir des zones de formes compliquées et où seuls des systèmes en épingles peuvent être utilisés. Des théâtres avec parterre, balcons, loges, où se côtoient différents types de boucles qui ne doivent pas interférer les un avec les autres, Des structures entièrement métalliques comme des gradins fixes ou télescopiques. Parfois des cas très particuliers comme l’installation d’une boucle sous des ferraillages de béton armé. Il faut parfois mesurer in situ les pertes qu’entraîne la présence de métal. La définition et le calcul de certains systèmes sont hors de portée d’un installateur, voire-même de certains distributeurs. Cela demande une expérience considérable dont dispose AMPETRONIC. BIM Concept France et AMPETRONIC s’engagent sur la qualité des résultats.
Q – En préparant cette interview, j’ai lu que la puissance d’un amplificateur de boucle et la section du fil de la boucle dépendaient de la surface à couvrir.
R – C’est faux. En fait, pour une même surface, selon les conditions locales, la forme de la zone à couvrir, les effets du métal ou des besoins de confidentialité, les types de boucles et les caractéristiques des amplificateurs sont différents. La section du fil de la boucle est aussi sans rapport avec la surface à couvrir.
Q – Pouvez-vous citer des cas ?
R – Laissez-moi le temps de reprendre quelques dossiers.
J’ai une église de 15 m x 14 m, soit environ 200 m², sans métal. Dans ce cas il a été possible d’utiliser une boucle périmétrique installée au sol. Il a fallu un amplificateur AMPETRONIC type C7-1. J’ai l’autre exemple d’une salle de 17 m x 12 m, soit encore environ 200 m², avec des dimensions proches de celles de l’église précédente, mais dans une construction moderne comportant du métal. Dans ce cas, pour une boucle périmétrique installée au sol, il aurait théoriquement fallu un amplificateur AMPETRONIC type C10-1. Mais compte tenu des dimensions de la salle et des perturbations métalliques, le champ d’une boucle installée au sol aurait été creux et hors norme. Pour éviter cela, il aurait fallu installer la boucle très en hauteur. Ce n’était pas physiquement possible en l’occurrence et aurait exigé le couplage de plusieurs amplificateurs. Il a finalement été utilisé un système de boucles en épingles qui a nécessité un amplificateur à deux canaux AMPETRONIC de type C7-2. On voit qu’à surface sensiblement égale les besoins peuvent être différents selon les contraintes locales.
Dans tous les cas les caractéristiques de la boucle elle-même, sa résistance et son impédance à la fréquence critique, doivent être en adéquation avec celles de l’amplificateur. C’est la raison pour laquelle il peut être nécessaire de jouer sur la section du fil de la boucle, ce qui est sans rapport avec la surface à couvrir.
Q – Y a-t-il des précautions à prendre vis-à-vis d’autres équipements ?
R – Oui parce que champ magnétique émis par la boucle est susceptible d’interférer avec certains réseaux courants faibles comme microphones, vidéo, informatique, ou autres. Il faut éloigner ces réseaux des fils des boucles.
Q – Combien coûte un système ?
R – Ce peut être très variable. Le coût des matériels peut-être déterminé précisément. Cela peut aller d’un amplificateur peu puissant comme le C5-1 AMPETRONIC de l’ordre de 1000,00 euros HT à un amplificateur puissant à deux canaux comme le C14-2 de l’ordre de 4000,00 euros HT. Le coût d’un contrôleur auditif de boucle ILR3 est de l’ordre 170,00 euros HT. Pour la boucle, le fil électrique souple isolé de câblage est peu coûteux. Si du ruban est préférable, les prix s’échelonnent selon la section d’environ 116,00 euros à 150,00 euros HT le rouleau de 50 mètres. La salle de spectacle de la Tour Eiffel a nécessité un système en épingles et un amplificateur AMPETRONIC type C10-2 à deux canaux au prix de 3500,00 euros HT. Une barge pour des cérémonies familiales a également nécessité un système en épingles et un amplificateur type C10-2 à 3500,00 euros HT. Le système de boucles en épingles de cette barge a nécessité sept rouleaux de ruban FB1,8 à 130,00 euros HT le rouleau. Ces deux exemples utilisent des systèmes en épingles mais les coûts sont souvent moins élevés. Par exemple pour une salle de réunion de 12 x 6 mètres dans un immeuble moderne avec du métal, il faudrait un amplificateur AMPETRONIC type C7-1 au prix de 1300,00 euros HT avec une main d’œuvre limitée.
La main d’œuvre d’installation dépend du type de boucle et des conditions locales et peut être élevée. C’est le cas pour les systèmes en épingles qui nécessitent la mise en œuvre de réseaux plus ou moins denses dans des conditions parfois difficiles comme dans certaines salles de spectacle ou pour l’équipement de gradins télescopiques, par exemple.
Q – Quelles compétences sont nécessaires pour installer des boucles ? Existe t-il des formations ?
R – Il est indispensable de bien comprendre le fonctionnement des boucles pour pouvoir faire une évaluation sensée des besoins et éviter des dysfonctionnements dommageables. Je ne sais pas si d’autres distributeurs le font, mais BIM Concept France, le distributeur d’AMPETRONIC, propose des formations destinées aux malentendants, aux prescripteurs et aux installateurs.
Q – Quel est votre rayon d’action ?
R – Cela dépend de l’importance du chantier mais je peux potentiellement intervenir partout en France.
Q – Qu’en est-il des systèmes radio HF ?
R – Les systèmes HF ne concernent pour le moment, qu’une fraction très réduite de malentendants. Les techniques évoluent et certaines aides auditives permettent de recevoir directement des émissions comme le Bluetooth. Avec un Smartphone compatible ou un récepteur dédié, le nouveau Bluetooth AURACAST permet un choix aisé parmi plusieurs programmes susceptibles d’être proposés localement. Cela étant, un système HF traditionnel moins couteux est souvent suffisant. Ces systèmes nécessitent généralement une gestion matérielle, souvent un appariement, et parfois le respect de règles d’hygiène. C’est une solution quand l’installation à demeure d’une boucle d’induction n’est pas possible. Egalement dans les cas de visites guidées ou quand des personnes malentendantes sont susceptibles d’être déplacées d’un endroit à un autre. Dans ce dernier cas, pour échanges seuls à seuls, il existe aussi de petits systèmes de BIM mobiles PL1. Les systèmes radio sont une solution de facilité pour certains installateurs puisqu’il n’y a qu’un émetteur à raccorder sur la sonorisation existante.
Q – D’après-vous, quel est l’avenir des boucles d’induction ?
R – Il est probable que les boucles d’induction seront encore utilisées très longtemps. C’est le seul système universel préconisé par les pouvoirs publics. Il existe de très nombreuses boucles partout dans le monde et il s’en installe encore énormément. Les professionnels de santé doivent proposer au moins un modèle d’aide auditive compatible avec les boucles d’induction. Il semble toutefois que ceux-ci, pour x raisons, poussent plutôt leur clientèle vers des prothèses miniaturisées intra auriculaires coûteuses, qui peuvent recevoir une émission radio, mais dans lesquelles il n’est plus possible d’insérer une bobine pour recevoir l’émission d’une BIM, ce qui ne répond pas à l’attente de nombreux malentendants. En fait, il est souhaitable que les aides auditives permettent de pouvoir profiter indifféremment des boucles d’induction et de certaines émissions HF. Dans ce cas, les BIM seront encore utilisées très longtemps car, répétons-le, elles sont universelles, ne demandent aucune gestion matérielle et sont utilisables facilement par les personnes de tous les âges. Elles sont de plus extrêmement fiables.
Q – Votre activité est-elle répandue ?
R – Il y a beaucoup de demandes pour les boucles. Je ne suis pas le seul installateur mais j’ignore totalement le nombre de mes confrères compétents dans ce domaine. Toujours est-il que les associations de malentendants signalent que beaucoup de boucles ne fonctionnent pas comme attendu. Le principe des boucles est simple et certains doivent penser que leur installation est à portée de tous. En réalité de nombreux points sont à considérer pour définir des systèmes à la norme et n’entrainant pas de perturbations. Il n’est pas rare que je sois contacté par des malentendants ou par des gestionnaires qui constatent des dysfonctionnements
Q – Quels sont les défauts constatés ?
R – Ils sont variés : niveau sonore trop fort ou trop faible ou irrégulier, son sourd, diaphonie entre des boucles avoisinantes, manque de confidentialité, ou encore interférences avec des micros ou des réseaux courant faibles. Parfois aussi la présence d’une pollution magnétique qui n’a pas été contrôlée avant l’installation. La majorité de ces défauts ne peut pas être compensée avec les réglages disponibles sur les amplificateurs. Il faut revoir le tracé des boucles. Or, compte tenu du coût de la reprise d’un système, beaucoup d’installations restent en l’état en attente de la rénovation de la salle, au grand dam des malentendants. Une étude préalable appropriée aurait permis d’éviter des désappointements et des dépenses superflues. C’est pour éviter cela que je me réfère à l’expérience d’AMPETRONIC.
Indépendamment des dysfonctionnements des systèmes de boucles eux-mêmes, une mauvaise qualité peut avoir d’autres causes. Des raccordements incorrects avec la sonorisation peuvent induire des parasites dans la boucle. Un choix de microphones ou des réglages inadaptés peuvent aussi affecter l’intelligibilité. Ces aspects sont à prendre en compte mais un installateur de boucle est rarement compétent en ingénierie audio. Une boucle peut être conforme à la norme sans pour autant offrir aux personnes malentendantes le son de qualité dont elles ont besoin.
Par ailleurs l’installateur ne remets pas toujours au client normo-entendant de quoi vérifier le fonctionnement de la, ou des, BIM existantes. C’est indispensable à moins qu’il n’y ait quelque chose à dissimuler. Une personne non appareillée ne peut pas percevoir ce qui vient d’une boucle d’induction. Il faut donc lui laisser un moyen de contrôle sous forme d’un récepteur auditif comme l’ILR3 d’AMPETRONIC, Ces appareils faciles à utiliser peuvent aussi être utiles à des personnes malentendantes non appareillées.
La norme n’exige pas de certification, mais il est souhaitable déontologiquement parlant de remettre au client un procès verbal de réception attestant de la conformité du système et d’un bon fonctionnement sans interférences. C’est le souhait des associations de malentendants. Malgré cela les procès verbaux de réception font souvent défaut.
Q – Patrice nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview. En conclusion, auriez-vous une réalisation marquante ou une anecdote à nous citer ?
L’ennemi des boucles d’induction est le métal, visible ou non. Le métal affaiblit le champ magnétique, le déforme et assourdit le son. C’est une préoccupation essentielle. AMPETRONIC équipe la salle de spectacle de la Tour Eiffel, 7300 tonnes de métal. C’est un tour de force parmi d’autres comme l’équipement de barges, de gradins métalliques ou l’installation de boucle sous des dalles de béton armé. Ces systèmes parfaitement à la norme offrent une qualité audio irréprochable.
Au titre des anecdotes, et sans malveillance, je pourrais citer les poseurs de moquette qui ont vite fait de sectionner le fil ou le ruban de la boucle d’un coup de cutter.





